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Toutes les femmes de plus de 45 ans se sont déjà vues prescrire une mammographie par leur médecin ou gynécologue. Cela fait partie des examens de santé largement préconisés à titre préventif aux femmes quinquas. Même si aucune d’entre nous apprécie de se retrouver les seins aplatis tels une crêpe sur une plaque glacée, cela reste néanmoins une bonne façon de dépister un éventuel cancer du sein.

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Aujourd’hui je vais céder la plume à une truculente jeune amie médecin radiologue Anne-Laure, qui exerce son métier avec passion mais aussi avec une sacré dose d’humour !

Alors préparez-vous une bonne tasse de thé, installez-vous confortablement et appréciez ce bon moment de lecture !

La mammographie vu par une patiente, c’est à dire nous ! 

« – Est-ce qu’ils vont encore être en retard ?

Mince, j’aurais du choisir une autre tenue, ça ne va pas être pratique d’enlever et de remettre toutes ces couches. 

Au fait, est ce qu’il va faire froid dans la salle ? La dernière fois j’ai poireauté un quart d’heure à moitié à poil. 

Et puis ce sera quel médecin ? J’espère qu’il sera sympa. Non, compétent c’est mieux. Non, sympa c’est plus important car j’ai peur et je n’ose pas le dire. Bon allez après tout, tout le monde en fait des mammos. Enfin non, pas les hommes, ils ont de la chance eux, pas de mammo, pas d’examen gynéco. 

Et si on me trouvait quelque chose ? Ca me rappelle ma copine Unetelle, elle avait senti quelque chose dans son sein gauche, elle a fait un examen et ben, c’était cancéreux. Et puis y’a aussi mon autre copine Deuxtelle, à peine 50 ans, qui venait pour un examen de routine. Elle n’avait aucune inquiétude. et pourtant à son examen, ça lui est tombé dessus. 

Alors pourquoi pas moi ? Après tout, y’a bien la grande tante Mathilde qui a eu un cancer du sein dans la famille. En plus j’ai pris les traitements pour la ménopause. Je n’aurais pas dû, a dit le médecin traitant. Et si j’avais un cancer juste parce que je n’avais pas supporté mes bouffées de chaleur ?

Oui mais en même temps, c’était insupportable d’être trempée la nuit comme une serpillère.

De toutes façons mon docteur c’est un homme. Il est peut être compétent pour les rhumes, mais il ne sait pas ce que c’est que d’être une femme, de souffrir, de ne pas se sentir bien. Lui, il s’en fiche, il me dit d’arrêter de me plaindre et m’explique que la douleur c’est utile.

D’ailleurs est-ce que je vais avoir mal avec la mammographie quand ils vont m’écraser les seins avec leur machine ? 

Bon il fait quoi le docteur là, pendant que je poireaute? Je suis sure qu’Il s’en moque de savoir si j’ai mal ou si j’ai peur ? Ou peut sera-t-il compatissant et je pourrais aborder les sujets qui me stressent, comme le risque de cancer, le fait de vieillir, de ne pas avoir le moral en ce moment ?»

Quelques réponses

Ce n’est peut-être pas exactement ce que vous ressentez en salle d’attente. Chacune d’entre nous est différente. Chacune a son histoire personnelle.  Un examen ne sera pas vécu de la même manière, que l’on consulte pour une boule dans son sein, ou que l’on soit bien portante, que trois sœurs aient un cancer du sein ou que personne dans sa famille ne soit malade. 

Néanmoins je doute que pour aucune femme la mammographie soit une partie de plaisir. Chacune, dans la salle d’attente, dans sa petite bulle, lit, rêve, rumine, en attendant de passer son fichu examen et d’en sortir, si possible avec le sourire et deux ans de tranquillité.

Peut-être certaines d’entre vous, pendant leur interminable séjour en salle d’attente (les médecins sont rarement à l’heure), se sont demandées comment le médecin les voyait : femelle à mamelles dans un corps mou ou beauté d’un corps fonctionnant et pensant !

Comment considérait-il leur examen : un parmi 100 ? Oui mais là c’est MOI , et Moi je suis unique!

Comment gérait-il psychologiquement le fait d’annoncer une bonne ou une mauvaise nouvelle, ou pire, comment gérait-il l’erreur ?

La mammographie vu par un médecin

Lorsqu’Isabel m’a proposé d’écrire un article, je me suis dit que certaines d’entre vous auraient peut-être envie d’avoir quelques pistes de réponses et ce sera donc le but de ce laïus.

De même que vous, patientes êtes multiples, nous médecins, sommes multiples. Hommes, femmes, jeunes, vieux, bien portants ou en mauvaise santé, doués ou moins bons, concernés ou non personnellement ou familialement par les pathologies mammaires.

Je ne pourrais donc, humblement, que vous apporter mon point de vue, en essayant d’extrapoler celui de mes collègues en fonction de nos discussions passées.

Je vais essayer d’être aussi honnête que possible dans mon descriptif, mais n’oubliez pas que je ne suis pas tous les soignants et que certains penseront peut être différemment.

Le médecin qui vous écrit ce message est une femme, comme vous. J’ai actuellement 36 ans, mais j’ai déjà, en tant que patiente, passé une mammographie. Il y a des cancers du sein dans ma famille et notamment chez une femme jeune. Je suis maman, et j’ai envie de voir mes enfants grandir. Alors le cerveau qui gamberge dans la salle d’attente, je connais un peu.

Je vais donc essayer de m’adresser à vous, comme je le ferai avec une bonne copine, sans faux semblant, sans vous rassurer lorsque ça ne sera pas le fond de ma pensée, mais également en essayant de vous ouvrir à l’humanité qui se trouve derrière la blouse blanche qui rendra le verdict qui influencera le reste de votre existence.

La salle d’attente


Vous voilà dans la salle d’attente impersonnelle de votre cabinet de radiologie du quartier. Vous vérifiez votre carnet. Le rendez-vous était bien prévu à 9h10. Il est déjà 9h45 et vu le nombre de personne qui vous entoure, ce n’est pas prêt d’être à vous. Vous bouillez intérieurement, car le temps semble long une fois qu’on a fini de feuilleter les 5 ou 6 magazines proposés, dont le plus récent a déjà 3 ans !

salle d'attente pour passer une mammographie

Mais pourquoi tant de retard et qu’en pense le médecin de me faire attendre autant ?

En relisant mon texte, je me rends compte que je commence par une des questions les plus ardues qu’il me sera donné de répondre dans cet article. Car je suis bien mal à l’aise en répondant !

Est-ce que le médecin s’en fiche ? Disons le tout de suite, cela dépend, mais surtout ça n’est pas sa priorité. Il faut bien comprendre ici qu’il y a plusieurs choses qui rentrent en jeu. 

La première raison, la plus politiquement correcte (mais continuez de lire ensuite !) , c’est que généralement, le retard s’accumule. Certains examens ont pris beaucoup plus de temps que d’autres. Le même temps est programmé pour chaque examen.

On ne sait pas d’avance quelle personne aura un dossier compliqué. Si la 3ème patiente avant vous nécessitait 3 clichés en plus, et bien le temps perdu ne se rattrapera pas.

Mais pourquoi alors ne pas prévoir plus de temps par patient ? Vu le coût exorbitant des machines, laisser une machine libre pour juste avoir du temps « en cas de besoin », cela reviendrait trop cher.

Je parle en toute honnêteté, je suis remplaçante, je ne paye ni les machines, ni leur entretien, ni les secrétaires, ni les manipulateurs radio, ni les locaux, ni le petit matériel. Donc je ne prêche pas pour ma paroisse, je ne paye rien de tout cela, on me rétribue sur une partie du salaire du radiologue que je remplace et je préfèrerais avoir plus de temps par patient.

Et malgré les bons salaires des radiologues, la rémunération du médecin ne représente qu’une petite part du budget total. Augmenter le temps par examen n’est pas viable vu les frais généraux.

Voilà pour la partie justification de ma profession.

On peut toutes comprendre qu’il y a ait du retard pour une urgence, un examen compliqué, car après tout, ça pourrait être le nôtre, cet examen, et dans ce cas, on préfère que les dames d’après patientent.

Mais alors pourquoi, chez certains médecins, même le premier de la journée est en retard ? Je n’ai aucune justification à vous fournir.

Certains confrères se targuent qu’on n’appelle pas un patient « patient » pour rien et qu’il peut patienter. C’est comme dans la vie de tous les jours, certains n’ont pas la correction d’être à l’heure à un rendez-vous, et préfèrent vous faire perdre votre temps à vous. C’est inadmissible. Et c’est pourtant très commun.

La salle de mammographie

Enfin, on vous a appelé, c’est votre tour ! Vous êtes entrée dans la salle de mammographie. 

Mais encore une multitude de questions vous assaillent et vous n’osez pas les poser, de peur de déranger. Pourquoi fait-il froid ? Qui est la personne qui m’accueille ? Pourquoi me laisse-t-on à moitié à poil avant de me faire l’examen ? Et puis j’ai les seins qui pendouillent, est ce que ça gène le personnel soignant ? Non, mais pour de vrai? 

patiente passant une mammographie

Normalement, la personne qui vous accueille devrait se présenter et donner son rôle. Habituellement, c’est le manipulateur radio. Le manipulateur (manip pour les intimes), c’est la personne qui réalise les images et non le médecin radiologue qui les interprète. 

Je m’interromps car cela fait remonter quelques souvenirs. Ca me rappelle mon premier accouchement et les gens qui rentraient sans se présenter, sans me regarder, s’adressant à mon entre jambes en piteux état avant même d’avoir vu ma tête.

Je me rappelle particulièrement de l’anesthésiste qui me loupe 3 fois et dont je ne connais pas le nom (et je l’aurais retenu croyez-moi !). Et le personnel à l’étage après l’accouchement qui me déclare innocemment : « à oui, c’était l’interne Untel, pas étonnant que ça n’ait pas marché ».

Merci mais taisez-vous ! Pour le coup, jamais plus quelqu’un ne me touchera sans que je ne connaisse son nom (à moins que je sois dans le coma, s’entend).

Fin de l’anecdote, mais un petit conseil : n’hésitez pas à demander le nom de la personne qui s’occupe de vous. S’il vous plait, en restant polie, même si l’autre vous torture les lolos.

Ce n’est pas pour être méchant qu’en tant que personnel soignant on oublie. Quand c’est la 50ème fois de la journée que vous vous présentez, vous pouvez oublier malencontreusement de le faire la 51ème fois. Mais cela ne doit pas vous empêcher de poser la question.

Il fait froid !

Si la salle d’examen est froide, c’est pour que les machines fonctionnent bien. La technologie utilisée est incroyablement complexe et comme tout ordinateur bien puissant, ça chauffe, et la chaleur il n’aime pas ( d’ailleurs les radiologues sont les médecins les plus heureux du monde en cas de canicule, toutes les salles sont climatisées).

Pourquoi vous laisse-t-on dans le froid, à moitié à poil avant de vous faire l’examen ?

Je me souviens d’avoir vu une vidéo d’une actrice américaine connue qui passait dans son pays une mammographie avec une jolie blouse jetable qui lui permettait de se sentir moins nue (et moins frigorifiée).

Je n’ai jamais fait de mammographie dans des centres français de très haut standing et sûrement que là-bas vous auriez le droit à une blouse jetable aussi (avec le dépassement d’honoraire en rapport). Hormis l’empreinte écologique, c’est généralement le coût qui fait limiter ce type de dépense par les cabinets.

Je ne vous conseille pas de passer une mammographie aux Etats-Unis à moins d’avoir une bonne assurance, sinon vous payerez votre examen (et donc votre blouse) le prix d’un très très joli manteau d’hiver. Ce que je préfère m’offrir personnellement. Alors tant pis pour la blouse, vive les seins à l’air ! Vous pouvez prévoir une écharpe pour vous couvrir les épaules.

Mais soyons franches, ce n’est pas forcément le froid qui crée la gêne. C’est plutôt le fait d’être à moitié nue.

La nudité me gêne

femme en soutien-gorge

Certaines d’entre vous ne verront pas le problème, les seins c’est naturel, c’est utile, et on est toutes faites pareille. Mais pour d’autres c’est plus compliqué.

Alors je tiens à m’adresser maintenant à celles que cela gêne. Celles qui préfèrent un manip ou un médecin femme, de peur qu’on les regarde, qui préfèrent se cacher et ne pas tout montrer. Vous n’êtes pas anormales.

Chacune a son passé, et beaucoup ont subi des attouchements ou des regards déplacés. Il n’y a pas que les viols, il y a aussi tous ces regards  mal venus, ces remarques désobligeantes sur notre corps, qui peuvent venir d’inconnus ou de personnes extrêmement proches. Et cela marque l’esprit pour une vie.

Alors est-ce que c’est vrai de vrai que le médecin ne nous voit « pas comme ça » (sexuée, moche, grosse, vieille …)?

Est-ce que vrai de vrai il n’en a rien à rien à faire de mes seins qui tombent ?

J’aimerais déjà rapporter, sans faire de généralité, que les médecins les plus humains et les plus respectueux du corps des femmes que j’ai pu rencontrer quand je faisais de l’obstétrique (j’ai changé de branche au début de mes études), c’était des hommes et non des femmes. 

En m’éloignant un peu du sujet, lorsque je fais des échographies testiculaires ou prostatiques, je peux vous dire que les hommes (pour la plupart) sont aussi très gênés de se montrer à une jeune femme. 

Est-ce que je les regarde ? Oui, ce sont des humains.

Dans les yeux ? Oui bien sûr. En bas ? Oui aussi, c’est là que j’examine, je ne vais pas dire le contraire. Est-ce que je vois s’ils sont bien fichus ou non ? Heuh, toujours en vous parlant comme à une amie, j’avouerai « oui je vois, mais j’oublie aussi vite. »

Pourquoi ? Parce que je m’en fiche, je ne vais pas coucher avec un de mes patients et leur mettre une sonde dans le derrière ça ne m’excite pas des masses. Voilà pour le franc parler, car je tiens à ce que les choses soient claires. 

Manipulateurs radios et médecins vous voient. Oui, ils voient que vous avez des vergetures, des seins qui ballottent, etc. Ils voient, ils ne sont pas aveugles, mais ils s’en tapent complètement.

Comme si on m’annonçait le résultat d’un match de foot. Merci je ne suis pas sourde, j’ai bien compris : 3 à 0. Mais je m’en contrecarre royalement.

  Oui je vois que vous avez des seins beaux ou moches, je ne peux pas dire le contraire, mais moi je ne vous invite pas à un rencard, alors ça me fait une belle jambe. Et pour les hommes, ça leur fait le même effet que pour moi l’échographie testiculaire.

Deux ou trois exceptions cependant, car j’ai dit que je vous dirai tout :

Avoir des petits seins ou des gros seins, cela permet de choisir la bonne largeur de plaque pour poser vos seins sur la machine. Le manipulateur les évalue donc. Pour son travail.

Je vois, mais je sens aussi. Et ça je ne m’en contrecarre pas. C’est franchement super désagréable de vous faire une palpation mammaire si vous sentez vraiment très mauvais. J’ai l’impression que l’odeur ne partira jamais de mes mains.

Moche, vieille, ok. Qui pue, non !

Enfin oui, j’ai déjà eu un collègue qui, tout gêné, m’a confié qu’il trouvait sa jeune patiente très bien proportionnée. Et bien évidemment, il ne lui a fait aucune réflexion, il l’a traitée comme toutes les autres patientes.

A moins d’être un médecin psychiatriquement instable, on ne drague pas les patients. Pour l’anecdote, le contraire m’est déjà arrivé (la drague du patient envers le médecin), et c’est très très désagréable (encore plus quand vous réalisez une échographie testiculaire dans le cadre d’une probable MST…).

Je n’ai jamais  (en tout cas pas que je m’en souvienne) entendu un seul de mes collègues se moquer du physique d’une patiente. Dire qu’un gros ventre n’est pas pratique pour faire une échographie abdominale, que des gros seins c’est plus de surface à explorer en échographie mammaire (et donc plus fastidieux), qu’être tout vouté ça peut compliquer pour bien positionner la patiente sur le mammographie : oui je l’ai déjà entendu.

Bien sûr, comme n’importe qui, on se plaint quand on a du mal à faire notre travail dans les meilleures conditions. Mais ce n’est pas se moquer, ce n’est pas contre la patiente, c’est se plaindre de ce qu’on a du mal à faire son travail.

Je me permets de reprendre ici la plume pour vous proposer la suite de cette aventure mammaire la semaine prochaine !

Vous lire est toujours un grand plaisir pour moi et je vous répondrai avec joie !

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