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Chose promise, chose due ! Voici la suite de « l’épreuve mammographie » vue par AnneLaure, jeune femme médecin qui sait dédramatiser les situations. Ici pas de langue de bois mais, du vécue comme patiente et comme médecin

Je lui laisse donc à nouveau la parole

Pourquoi on m’écrabouille le sein ?

 Ca y est, on vous a demandé de vous approcher du mammographe. On vous a posé un sein sur une palette. Une deuxième descend et vient comprimer le sein par le dessus.

– Est-on vraiment obligé de m’écrabouiller autant les seins dans cette machine car j’ai mal ?  

patiente passant une mammographie

En ce qui concerne « l’écrabouillage de seins », malheureusement, c’est nécessaire. Et plus c’est écrabouillé, mieux c’est ! A moins que ça soit tellement serré que vous vous tortilliez de douleur et que (comme sur une photo classique), cela rende le cliché tout flou. 

Enserrer le sein ne fait pas mal à toutes les femmes. Néanmoins, avouons-le c’est souvent douloureux. Il y a une raison à ce que le sein soit serré. En effet, il aura ainsi peu de chance de bouger, ainsi le cliché sera net. Aussi, plus le sein sera serré, plus il serra aplati donc moins épais. On mettra donc moins de rayons X et vous serez moins irradiée.

En résumé : plus on serre, mieux on voit et moins on vous irradie. Tout à gagner !

Les examens complémentaires

Ouf, fini ! Eh non, 5 minutes plus tard, le manipulateur revient et rebelote, on réalise quelques clichés en plus. Mais pourquoi ?

Peu après, le médecin arrive enfin. A peine un bonjour, quelques questions techniques fusent, il vous palpe les seins et vous réalise une échographie en complément.

Mais pourquoi tout ça ? C’est grave docteur ?

Le but de cet article n’est pas de vous expliquer pourquoi des clichés en plus et pourquoi une échographie en complément. Il y a de multiples raisons et je ne vais pas toutes les aborder. Je vous en donne cependant un aperçu car je pense que c’est une question que vous vous posez souvent :

Est-ce parce que j’ai un cancer qu’on me fait des examens en plus ?

Il y a plusieurs raisons pour ces examens. La mammographie, c’est mettre en 2D un truc en 3D, cela crée des superpositions. En prenant l’image sous un autre angle ou en écrasant localement, on peut mieux apprécier les superpositions et ainsi soit dégager des zones non visibles ou cachées, soit mieux apprécier le caractère réel ou construit d’une image.

Certaines images doivent aussi être localisées afin de renforcer notre doute sur un éventuel caractère malin (cancéreux) ou sur le caractère bénin. J’insiste bien, ce n’est pas forcément parce qu’on est inquiet !

Pareil pour l’échographie. On peut vouloir caractériser des images qui nous semblent malignes mais aussi bénignes. De plus, la mammographie peut parfois être trop « blanche » en fonction de la densité des seins et donc on ne voit pas bien. Une échographie, dans ce cas-là, peut voir des choses qui ne se voient pas à la mammographie ou simplement explorer des zones où on ne pouvait juste rien voir du tout. 

J’en viens également aux examens précédents que vous avez amenés. Ils servent surtout à comparer. La mammographie n’est surtout bonne qu’avec du recul et la comparaison de l’aspect par rapport aux imageries précédentes (avec des reculs variables c’est encore mieux).

La palpation mammaire est normalement obligatoire, elle permet de voir si on sent quelque chose, s’il y a un écoulement, etc…

Mesdames palpez-vous !

Je tiens d’ailleurs à vous faire une demande, Mesdames. S’il y a une seule chose à retenir de cet article, ce serait de vous palper les seins tous les mois.

tableau du peintre Ingres

Vous êtes la personne qui connait le mieux votre propre corps (et votre conjoint éventuel ne vous palpera pas les seins de la même façon que vous le feriez… Vous saurez y mettre plus de conviction.) .

Alors, oui, vous ne savez pas comment faire. Pas grave. Certains seins sont très difficiles à palper (même pour les soignants), granuleux. Essayez de passer partout. Habituez-vous à la structure de vos seins. Vous aurez plus de chance de remarquer un changement. Cela ne peut que vous apporter un bonus en vous poussant à consulter le cas échéant.

Comment s’auto palper les seins

Tout ce qu’on sent n’est pas forcement dangereux (il y a plein de choses bénignes qui se palpent), mais il vaut mieux consulter pour rien et se faire une belle frousse, que de faire l’autruche et d’être prise en charge tardivement.

Je conseille souvent à mes patientes de palper les seins sous la douche le premier jour du mois, afin d’avoir une certaine régularité.

Mais revenons à nos moutons.

Pourquoi voir le médecin à ce moment-là seulement ? Il s’occupait de vous avant, ne vous inquiétez pas. Il a regardé vos clichés, comparé. Maintenant il vient palper, vous poser des questions, et vous fournir quelques conseils rapides.

Oui mais moi j’ai envie de parler de mes craintes (j’ai des antécédents dans ma famille), cependant je ne veux pas déranger le médecin, il a l’air pressé. Et puis j’aimerais bien parler de mon moral qui ne va pas, de mon corps qui vieillit. J’aimerais aussi lui demander s’il est sûr du résultat : est-ce qu’il peut se tromper ? Comment le vit-il si c’est le cas ?

J’aimerais vraiment vous dire, allez-y, lâchez-vous, il faut bien que vous puissiez parler à quelqu’un. Et comme votre médecin traitant n’a pas le temps, il faut bien trouver quelqu’un à qui parler. 

Parlez de cette examen qui vous a été recommandé par lettre le jour de vos 50 ans,  en même temps que le test de selles, le check up complet histoire de vous souhaiter un bon anniversaire en vous confirmant dans le fait vous vieillissez ! Et tout ça en même temps que la ménopause

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Osez dire que la maladie, la vieillesse vous font peur et que le moral n’est pas toujours là.

J’aimerais vous dire de l’exprimer. J’aimerais vous rassurer. J’aimerais vous dire que les médecins sont là pour cela. J’aimerais…

Mais non.

Ce n’est pas une excuse, mais déjà les médecins sont pitoyables dans cet exercice d’écoute. Nous avons été formés à prendre en charge le corps, pas l’esprit (pour ça aussi un cacheton ça suffira).

Le médecin et l’écoute

stéthoscope

J’ai appris au cours de mes études à faire un diagnostic, mais pas à l’annoncer, et je m’en veux fortement de la manière dont j’ai pu annoncer certaines choses. 

J’ai essayé de piocher dans ce que faisait les chefs que j’aimais bien et que je trouvais humain. J’ai appris de mes erreurs. Oh combien de fois on m’ a dit que j’apprendrai de mes erreurs ! Mes pauvres patients, vous qui êtes « mes erreurs » , j’ai une pensée pour vous !

J’aime mon prochain, comme la grande majorité de mes collègues également. On ne fait pas médecine (à quelques exceptions près), si on n’a pas envie d’aider son prochain. Mais dans la médecine occidentale, on nous forme à traiter le corps, pas le moral. On ne nous forme pas à annoncer ce qui est insoutenable.

Il y a cependant un espoir, il semble que les étudiants actuels soient mieux lotis et que certains cours commencent à être dispensés dans ce sens.

Reste la deuxième contrainte : le temps. 

Le médecin et le temps

Annoncer avec empathie certaines choses, prêter une oreille attentive, cela prend du temps que malheureusement nous n’avons plus.

médecin avec un stéthoscope

J’en suis extrêmement peinée en l’écrivant car rien ne justifie une telle inhumanité, mais si on prend le temps d’écouter vos soucis, ce n’est plus 30 minutes de retard que nous aurons, mais 3 heures.

Je ne suis pas meilleure que mes collègues. J’ai fait beaucoup d’erreurs dans mes annonces. Je n’ai pas souvent le temps de me soucier de comment les gens se sentent, ou juste de les écouter.

Comme beaucoup d’autres soignants, je commence à détester mon travail à savoir ne soigner que la machine humaine, et de ne pas avoir du temps pour les gens qui sont fragiles.

J’ai commencé à prendre sur mes temps de pause repas (manger devant un écran), mes pauses pipi (tiens, ai-je réussi à trouver le temps de vider ma vessie aujourd’hui ?), sur mon temps de nettoyage entre chaque patient (oups…), sur ma manière de m’installer (mon dos et mon épaule m’en tiendront rigueur dans quelques années). Et je n’ai pas de solution.

Mais je ne suis pas là pour me plaindre. Je tenais simplement à vous rappeler qu’en face, vous avez des humains, avec leur bonne volonté et leurs faiblesses. 

Mais s’il vous plaît, si votre moral est au plus bas, parlez-en. Tant pis pour le temps des autres et pour la salle d’attente. Ne restez pas seule.

Prenons du temps pour parler

Je me souviens d’avoir reçu pour une échographie mammaire, une patiente qui parlait peu. Pendant l’examen, la sentant mal à l’aise, j’ai réussi à lui arracher l’aveu qu’elle avait envie de mettre fin à ses jours et de se jeter sous un train.

Elle avait vu son médecin traitant la veille mais, n’avait pas osé lui en parler. Je suis heureuse qu’elle se soit sentie en confiance avec moi et qu’elle ait exprimé son mal-être. Et tant pis pour la salle d’attente. En l’écoutant, en prenant le temps, nous avons réussi à lui trouver une consultation adéquate dans la clinique.  Et je suis heureuse d’avoir pu l’aider.

Nous avons fait médecine pour ça, pour aider. Diagnostiquer un cancer n’est jamais un plaisir. Nous sommes parfois fier d’avoir réussi à trouver LE diagnostic difficile, mais jamais que le patient AIT la pathologie.

Vous n’êtes pas votre hypothétique cancer, ou votre mammographie, vous êtes une personne. Et je ne crois pas que la plupart des soignants l’oublient.  Ils n’ont juste pas le temps de vous le faire vivre et survivent en automatisant leur exercice professionnel et leurs rapports patients-soignants.

Le médecin est aussi un humain

Personne n’aime annoncer un mauvais diagnostic. On fait de notre mieux, mais le mieux n’est jamais suffisant ou suffisamment bien. Car un médecin n’est pas que médecin.

Il a une famille avec peut-être des morts parmi ses proches, ses propres maladies, ses craintes, et son vécu. Certains sont plus psychologues que d’autres, comme dans n’importe quelle profession. 

J’en ai vu mentir sur la gravité (oui, rarement, mais j’en ai vu, il y a bien longtemps, je ne suis pas sûre que l’on pourrait se comporter ainsi à l’heure actuelle), j’en ai vu annoncer mécaniquement de mauvaises nouvelles de but en blanc, sans prendre de gants. J’en ai vu être fins, empathiques. Chacun faisant de son mieux. Cependant ce n’est jamais assez bien, surtout qu’une vie entière sera bouleverser, suite à ses quelques mots.

Et les erreurs de diagnostic ? Elles existent, et elles sont relativement fréquentes. Non pas que l’on se trompe sur un fort pourcentage d’examens mais c’est seulement qu’il y a beaucoup d’examens. Certains cas sont plus difficiles à diagnostiquer. Les médecins ne sont pas toujours au top de leur forme, et chaque médecin a connu « un loupé ». 

tableau de botticelli

L’erreur de diagnostic

Nous, soignants, ne réagissons pas tous pareil face à une erreur de diagnostic. 

De nombreux soignants considèrent que l’erreur est humaine. Nous faisons tous de notre mieux, mais malheureusement cela peut arriver. Et tant qu’on fait de notre mieux cela veut dire qu’on essaie. Ceux là ont raison de raisonner ainsi. Nous sommes humains.

Personnellement, (et comme certains de mes amis), l’échec n’est pas aussi facile à gérer. Car il y a une vie derrière. On pense à la vie du patient concerné, et on projette ce que cette erreur représenterait si cela concernait notre propre vie ou celle d’un de nos proches. 

Et cela mine. Souvent.

J’aimerais finir sur une note joyeuse. La mammographie est un dépistage organisé pour prendre en charge des gens en bonne santé. Si détecter quelque chose ne changeait rien au pronostic et à la survie, l’état ne se serait pas donné la peine de financer un tel projet.

Aujourd’hui le pronostic a tellement évolué que la sentence n’est plus la même que celle d’il y a 10 ou 15 ans. Si lors de votre examen, on demande un contrôle rapproché, rassurez-vous, la plupart du temps on veut juste s’assurer de la bénignité. 

N’oubliez pas enfin, que la mammographie revient dans la très grande majorité des cas, comme normal. Grâce à elle vous avez pris soin de vous, vous avez osé vous exposer, vous avez osé affronter vos peurs pour vous occuper de votre santé. Vous occuper de vous est une sage décision qui permet par le même occasion de bien vous occuper des autres.

Souvent on s’oublie. Alors occupez-vous de vous en vous en faisant des bons petits plats, en vous chouchoutant, en prenant un bon livre, en lisant un blog agréable…

Surtout prenez soin de vous occuper de vous, en passant votre mammographie en compagnie attentionnée.

Avec vous d’humain à humain,

Anne-Laure

Merci infiniment AnneLaure pour cet article qui lève le voile sur le monde obscur de la mammographie et permet d’appréhender cet examen avec davantage de sérénité !

soutien gorge noir avec des roses pour être à l'aise à la mammographie

J’espère que vous êtes de celles qui prennent soin de leur santé et que vous ne négligez pas ces examens tellement importants, surtout pour nous les femmes quinquas.

Vous lire est toujours un grand plaisir pour moi et je vous répondrai avec joie !

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